En attendant le quatre étoiles...

Publié le par Jissey.Moro

Les taggeurs et autres peintres urbains se nourrissent souvent

d'espaces de friches sociales.

Ici, il s'agit d'un ancien hangar industriel

adossé aux tours de La Rochelle.

Je ne sais pas au juste quelle était sa fonction.

J'observe seulement son toit éventré en dents de scie,

sa construction de briques à l'enduit éclaté.

2010-09-213

Je sais que depuis des années ces ruines attendent d'être rasées

pour devenir un luxueux hôtel, un quatre étoiles ,

ce qui ne va pas sans basses  manoeuvres financières.

Le lieu est idéal, face au chenal, entre deux bassins à flot.

Pour le moment rien ne bouge. Le vent, la pluie, le soleil se chargent d'occuper les locaux. Quelques peintres urbains animent les murs décrépis.

2010-09-214Cela déplaît fortement à l'élu

qui considère la population graffeuse,

comme rebelle, provocatrice, droguée, malfamée.

Peut-être, ou pas ? Cela traîne depuis des années.

Il y a eu ici de véritables joutes graphiques.

Les peintres arrivaient à pénétrer les locaux,

s'exprimaient de façon généreuse.

Puis l'entrepôt a été muré.

On ne pouvait observer les réalisations qu'au travers de grilles.

Quel dommage.

Depuis peu quelques malicieux ont forcé une entrée,

aussi, de nouveau, on peut se glisser à l'intérieur

pour observer cette furie de couleurs crues au désordre savamment agencé.

En pénétrant j'ai eu aussitôt le sentiment d'entrer dans une  salle d'exposition d'avant garde.

2010-09-211 

Je ne sais si cela est volontaire,

mais ici les peintres poussent l'acte créateur

jusqu'à partager l'intimité corporelle des étapes de leur création. 

Il faut avoir le coeur bien accroché.

On est loin des vernissages champagnisés des beaux quartiers.

Il faut accepter d'avoir le nez écorché par un mélange d'odeur

d'urine, de merde, de bière, de vomi, de solvant,

de trouver l'ensemble de ces matières de base délaissées un peu partout,

le vent et la pluie se chargeant de repousser dans les recoins

ces débris pour composer des sculptures abstraites recouvertes d'une poussière uniforme.

Tout ici est peint.

La lumière tombe du plafond au travers des charpentes métalliques rouillées.

On devine le feuillage cru de quelques arbres au travers des fenètres grillagées qui vient prolonger les peintures des murs. Tout fait partie de l'acte créateur et s'y insère de gré ou de force.

2010-09-212

Une question  revient souvent. 

Savent-ils peindre ces sauvages, ou est-ce du n'importe quoi ?

En juxtaposant la plupart des visages dessinés sur les murs

avec des photographies on se rend compte

que ces artistes possèdent parfaitement le sens des proportions

double face 3

ce qui tend à prouver à ceux qui en doutent

qu'il y a du métier

ainsi qu'un réel apprentissage transmis de murs à oreilles,

double face 1que la stimulation existe de même qu'une surenchère évidente

entre les peintres. Ils n'hésitent pas à s'attaquer à la peinture des autres

pour prouver leur supériorité.

On est dans la performance.

Je sais que bon nombre des artistes de la nuit revendiquent le côté éphémère et gratuit de leur art.

Gabut 2010

Il n'empêche. Je trouve que cela vaut sacrément la peine de s'arrêter

un instant dessus, d'y revenir et d'en garder quelques traces

afin de  jouer avec eux.

Quelques recherches complémentaires m'ont permis d'identifier quelques graffeurs auteurs de fresques du Gabut (El peon, Serit notamment)

D'autres photographies complètent ce texte dans les albums

 "mydriase" et  "tags et autres peintures de la rue"

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